
La transplantation fécale, aussi appelée transplantation de microbiote fécal (TMF), est un traitement encore peu connu du grand public, mais qui occupe désormais une place bien définie dans certaines prises en charge médicales. Elle repose sur une idée simple en apparence : réintroduire un microbiote intestinal sain chez un patient dont la flore intestinale a été fortement altérée. Derrière cette technique se cache toutefois une organisation très encadrée, fondée sur des critères de sécurité stricts, une sélection rigoureuse des donneurs et une expertise hospitalière spécialisée. Aujourd’hui, elle est surtout utilisée pour traiter des infections récidivantes à Clostridioides difficile, avec des résultats particulièrement élevés.
Le microbiote intestinal désigne l’ensemble des micro-organismes présents dans le tube digestif. Il participe à de nombreuses fonctions essentielles de l’organisme, notamment la digestion, la protection contre certains agents pathogènes et l’équilibre du système immunitaire. Lorsque ce microbiote est perturbé, par exemple après des prises répétées d’antibiotiques, certaines maladies peuvent apparaître ou devenir plus difficiles à traiter.
C’est dans ce contexte que la transplantation fécale a émergé comme une option thérapeutique. Son objectif est de restaurer la composition et les fonctions du microbiote intestinal grâce au transfert de selles provenant d’un donneur sain, après transformation en préparation thérapeutique.
À ce jour, l’unique indication reconnue en pratique courante concerne les infections récidivantes à Clostridioides difficile, anciennement appelé Clostridium difficile. Cette bactérie peut provoquer de fortes diarrhées, parfois accompagnées de signes de gravité nécessitant une hospitalisation. Ces infections surviennent souvent après un traitement antibiotique, qui fragilise le microbiote intestinal.
La transplantation fécale est proposée lorsque l’infection récidive à plusieurs reprises. En pratique, elle est indiquée à partir de la deuxième ou de la troisième récidive selon les protocoles évoqués. Son efficacité est nettement supérieure à celle des antibiotiques seuls : les données communiquées font état d’un taux de guérison d’environ 80 à 90 %, contre environ 30 % avec un traitement antibiotique isolé.
La transplantation fécale ne correspond pas à une intervention chirurgicale. Le traitement peut être administré selon plusieurs modalités, choisies en fonction de la situation du patient : par voie orale sous forme de gélules, par sonde introduite par le nez jusqu’à l’intestin, par coloscopie ou par lavement rectal. Dans certains centres, il est réalisé lors d’une courte hospitalisation de un à deux jours, tandis que dans d’autres situations il peut être organisé en ambulatoire.
Avant l’administration, un traitement antibiotique est généralement prescrit pendant quelques jours, puis une préparation colique peut être nécessaire. Les selles du donneur sont transformées en transplant, préparées selon des procédures strictes, puis conservées à très basse température afin de préserver leur qualité jusqu’à validation complète du don. Pour en savoir plus sur la transplantation fécale, il est possible de consulter des ressources spécialisées qui détaillent les modalités pratiques et les indications de ce traitement.
La simplicité apparente du geste ne doit pas masquer la complexité du processus. Le point le plus délicat est l’identification de donneurs sains répondant à des critères cliniques et biologiques très exigeants. Les candidats ne doivent pas présenter de maladie, ne pas avoir reçu d’antibiotiques récemment, ni avoir été exposés à certains facteurs de risque. Des analyses approfondies sont réalisées dans le sang et dans les selles afin d’écarter les pathogènes connus, les parasites ou encore les bactéries multirésistantes.
Cette vigilance est essentielle, car la transplantation fécale n’est pas un traitement anodin. Elle doit impérativement être réalisée dans un cadre hospitalier expert afin de limiter les risques de transmission infectieuse et de garantir la sécurité des patients.
Le centre de transplantation fécale de l’AP-HP coordonne cette activité à l’échelle de nombreux hôpitaux d’Île-de-France grâce à une collaboration entre gastro-entérologues, infectiologues, pharmaciens, biologistes et infirmières de coordination. Il participe aussi à la diffusion des connaissances sur le microbiote intestinal et au développement de la recherche clinique.
En dehors des infections à Clostridioides difficile, la transplantation fécale reste aujourd’hui du domaine de la recherche. Des travaux existent notamment dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, comme la rectocolite hémorragique, mais son efficacité dans ces autres indications n’est pas encore établie en pratique courante. La transplantation fécale demeure ainsi un traitement très prometteur, mais dont l’usage reste précisément encadré.